Vendredi 22 Août.
Deux jours que la canicule imposait ses contraintes. Partout la température était largement supérieure au normal saisonnier. La nuit le mercure ne descendait jamais au dessous de vingt-deux degrés. C'est dans cette atmosphère que Hygarion et ses amis se rendirent chez Shoul, une belle maison dans le quartier aisé de la ville. Assis à l'ombre des arbres dans le jardin, la tenue short torse nue était partagée par tous.
- Hey Shoul, tu ne nous as pas dit toi hier, comment ce sont passés tes vacances ? demanda Axel en se ventilant avec un morceau de papier plié en quatre.
- J'étais au Maroc avec mes parents, résultat zéro conquêtes, je suis rentrée sans « souvenirs » de Tanger, vitupéra-t-il.
- Pendant les grandes vacances, avec le soleil, les filles presque nues, être célibataire c'est l'horreur, et je sais de quoi je parle, déclara Axel.
- Je suis d'accord, là-bas au Maroc on était dans un hôtel rempli de touristes, j'ai bien repéré une fille, mais elle ne sortait jamais de sa chambre, elle devait être malade.
- Les mecs, j'ai eu une révélation hier soir, lança Lamyr lunettes de soleil sur les yeux et en se mettant de la crème solaire. Avec ma régulière, Léa, après que j'ai rempli mon devoir d'homme, on s'est posé devant la télévision, on regardait un documentaire sur une chaîne câblée.
Les autres garçons se mirent à se glousser.
- Ne vous marrez pas, je suis sérieux. C'était un documentaire sur les lucioles, elles sont lucifuges. Vous savez ce que ça veut dire ? Ca veut dire qu'elles fuient la lumière...
- Hum, très intéressant ton histoire, tu nous préviens quand on doit rire, d'accord ? dit Bergy d'un ton moqueur un verre de limonade à la main.
- Ca ne vous choque pas, ça, lucifuge ? insista-t-il les yeux pétillantss.
- Euh...
- Les lucioles, elles produisent de la lumière non ?
- Oui.
- Mais elles la fuient. Vous ne tiltez toujours pas ?
- Euh... bah... Elles bronzent toute l'année ? taquina Axel.
- Elles ont une lumière collée à l'arrière-train et elles la fuient, se décida à les éclairer Lamyr, moi en entendant ça, ça m'a fait penser aux femmes.
- Aux femmes ? répétèrent les autres surpris.
- Elles disent toujours qu'on est des cons, qu'on est immature, qu'on ne pense qu'à une seule chose, mais qu'est-ce qu'elle mette ? Des String! annonça-t-il d'une voix puissante. Un string c'est quoi ?
- On sait qu'est-ce que c'est quand même un string, répondit Shoul. Ca veut même dire « ficelle » en anglais.
- Je ne parlais pas ça. Un string c'est un appel. Une fille qui met des strings est une fille qui veut se faire sauter !
- Allez c'est reparti, dit Axel en levant les mains.
- Non mais c'est vrai, persista Lamyr. Pourquoi une fille porte un string ? Réfléchissons. Mettons-nous deux secondes à la place d'une fille. Vous vous levez le matin, et vous avez le choix entre une culotte et un string. Que choisissez-vous ?
- Ça dépend de ce que l'on veut faire... affirma Axel.
- BINGO ! C'est tout à fait ça ! Les filles, quand elles décide de mettre ce bout de ficelle, c'est dans le but d'exciter, d'exhorter le désir chez les hommes.
- Wahou ! Lam, tu as pensé à tout ça rien qu'avec des lucioles ? Mon vieux je vais t'interdire de regarder trente millions d'amis, dit Shoul amusé.
- Ce n'est pas fini. Poussons plus loin, sans jeu de mots. On sait donc qu'elles choisissent un string pour attirer des innocents hommes tels que nous. Or, une fois que c'est fait, qu'est-ce qu'elles veulent ?
- Nos sous ? lança Shoul.
- Avant ça, répliqua Lamyr.
- Un enfant ! s'écria Axel.
- Encore avant.
- Euh...
- La fi-dé-li-té ! C'est fou tout de même. Si vous y réfléchissez, comment être fidèle lorsque la plupart des filles mettent des strings dans l'espoir de vous attirez dans leurs lits ?
- On disjoncte, affirma Bergy.
- Voilà. On est OBLIGE d'aller voir ailleurs, puisque c'est cet ailleurs qui nous fait des appels de phares.
- Ton raisonnement est peut-être vrai, mais il ne faut pas généraliser, intervint Hygarion qui jusqu'ici était resté en retrait. Certaines filles veulent des vraies relations.
- Réveille-toi Hygarion, on est à l'an deux mille. La fidélité c'est comme le charbon une fois que l'electricité est venue. Elle n'a plus cours. Qu'est-ce qu'on nous vend aujourd'hui ? Du sexe ! Sexe à la télé, sexe pour la télé, sexe avec la télé ! Pubs à sexe, sexe dans les pubs, pour te vendre du soja on te montre des fesses. Plus besoin de louer des films X, tu as la trique à chaque page de publicité, s'emporta Lamyr. La fidélité, Hygarion, est comme le communisme, forcée à s'effondrer puis à disparaître...
- Avec tout ça, où veux-tu en venir ? questionna Axel.
- Je suis le premier à reconnaître que les hommes et les femmes ne savent pas ce qu'ils veulent. Néanmoins, dans cette mêlasse de « on ne sait pas ce que l'on veut », il y a du sexe. Les hommes et les femmes veulent du sexe. C'est un langage universel. Tu peux aller en Chine, tu baisses ton froc, les gens sauront ce que tu veux. Mais vas-y et lève ton pousse comme pour faire de l'autostop, on te coupe le doigt !
- Vraiment Lamyr tu es fêlé. Tu te prends la tête pour rien, déclara Bergy.
- J'essaye juste de comprendre mon environnement. Depuis que j'ai dix-huit ans je me pose pas mal de questions. Franchement les mecs, sérieusement, vous pensez VRAIMENT qu'il y a des filles qui recherchent des mecs fidèles ?
- Oui, rétorqua Hygarion.
- Oui, pour Axel.
- Ouai, de Bergy.
- Mouai, de Shoul.
- Moi je pense que vous vous mentez à vous même. Imaginez que vous soyez en couple, donc pas libre, et qu'une bombe vous aguiche, que faîtes-vous ?
- Une bombe ? Je fonce ! attesta Bergy la langue pendue.
- Tu vois! sauta sur l'occasion Lamyr.
- Ça voudra seulement dire que je ne suis pas amoureux, se justifia Bergy.
- L'amour, vous avez tous que ce mot à la bouche, alors que c'est une bonne escroquerie.
- Lam, héla Hygarion, pourquoi tu ne crois pas en l'amour ?
- L'amour c'est la confiance, faire confiance c'est prendre le risque d'être déçu, être déçu c'est souffrir.
- Ca ne va pas avec Léa ?
- Si si. Mais arrêtez de me fixer comme ça, je ne suis pas malade.
- Bon en parlant de filles, demain une de mes cousines vient avec ses copines, vous en êtes ? proposa Shoul.
- Et comment ! Elles sont bonnes ? interrogea Lamyr.
- Je ne sais pas, mais il parait qu'il y en a une qui vaut le détour.
- Miam, pouffa Lamyr joyeusement.
Deux heures plus tard, chacun retournait chez lui. Hygarion faisait le chemin de retour avec Axel, qui dit :
- Ca se passe bien avec ta mère ?
- Bien, comme d'habitude.
- Moi ça ne va pas avec mon père. Il me traite toujours de bon à rien. Je t'ai déjà dit que je voulais devenir inspecteur de police ?
- Oui, comme ton père non ?
- Non, lui il est seulement gardien de la paix. Il pense que c'est hors de ma portée, il faut que j'ai mon bac pour lui prouver qu'il se trompe.
- Le Bac L ce n'est peut-être pas le mieux pour inspecteur.
- Au début je voulais être documentaliste, travailler dans les archives, avoir accès à des connaissances que plusieurs milliers de personnes ignoraient. Seulement depuis que j'ai regardé une émission sur la police l'année dernière, ça a fait tilt dans ma tête, et le conflit avec mon père a débuté. Enfin voilà, je vais lui prouver que je suis capable d'y arriver.
- Je suis sur que tu y arriveras.
- Toi tu veux toujours être écrivain ?
- J'aimerais bien. Ecrire, être lu, en vivre, serait une consécration pour moi, avoua Hygarion rêveur.
- Bon, je vais te laisser, je vais prendre cette rue.
- Tu ne rentres pas tout de suite ?
- Non, je vais passez voir Mino et Scarisse.
- Passe-leur le bonjour.
Parvenu chez lui Hygarion suait abondamment, la canicule était étouffante.
- Maman ? cria-t-il.
Aucune réponse. Elle n'était pas encore rentrée. Il poussa la porte de sa chambre et sursauta, Alicia était en maillot de bain assisse devant l'ordinateur.
- Tu as encore trouvée la clef ? fulmina Hygarion.
- Tu auras beau les cacher, je les trouverais toujours, répliqua-t-elle le visage narquois.
Alicia était sa voisine depuis toujours. Elle savait donc où est-ce que Hygarion et sa mère cachaient leur deuxième paire de clef. Un jour, elle s'en était servie pour lui faire une surprise. Concours de circonstances, il était dans sa chambre, nu. Depuis ce jour, il cachait les clefs dans différents endroits, sans succès, la jeune fille blonde les trouvait toujours.
- Tu es craquant comme ça en sueur.
- Pourquoi tu es en maillot de bain ? demanda Hygarion en jetant sa serviette sur uen chaise.
- Je devais aller à la piscine avec Léa, mais elle s'est désistée au dernier moment. Alors j'étais venue te proposer de venir avec moi, mais tu n'étais pas là. Puis, j'ai vu ce que tu as écris sur l'ordinateur, c'est vachement bien dis donc, le félicita-t-elle.
- Merci, rétorqua-t-il en s'affalant sur le lit. Dis Alicia, tu crois en la fidélité ?
- Bien sur, c'est la base de tout. Pourquoi ? Tu n'y crois pas toi ?
- Si, mais Lamyr m'a fait douter et....
- Rhoo celui là ! Ne l'écoute pas, pour des fesses il se couperait la main, quoique, dit Alicia en souriant. Ce mec il pense comme mes pieds. Je plains Léa, se faire tromper tout le temps...
- Tu étais au courant ? dit Hygarion en tournant précipitamment la tête vers elle.
- Bah oui, je n'ai qu'à le regarder pour le savoir, et puis il couche avec la première venue, ce n'est pas difficile à savoir.
- Léa le sait ?
- Non, et puis je ne lui ai rien dit. C'est ma meilleure amie, mais je préfère qu'elle l'apprenne par elle-même, sinon elle risquerait de m'en vouloir d'avoir « gâché » son idylle.
- C'est peut-être mieux, c'est vrai.
Elle se mit à le dévisager.
- Toi tu es un romantique, attesta-t-elle. C'est ce qui m'a attiré vers toi depuis toute petite.
- Ne dis pas n'importe quoi quand on était gamin tu ne voulais pas de moi. Tu traînais toujours avec Lamyr et Bobby avant qu'il ne déménage. Je me rappellerais toujours de ce jour. On avait neuf ans, je t'avais attendu toute la journée devant chez toi, je ne savais pas que tu étais allé voir tes grands-parents. Et quand enfin, je te vis venir, je couru vers toi et je te pris la main. C'était la première fois que je touchais une fille spontanément. Je te tirai dans un coin, derrière la maison des Victor, et je t'avouai que je t'aimais...
- Hygarion, ne pense pas à ça, ça me fait mal, déclara-t-elle la voix peinée.
- Tu m'as regardé, dans les yeux, poursuivit le récit le garçon en fixant le plafond et tu m'as dit sans bafouer : « Tu t'es vu avec ton appareil dentaire ? On croirait une centrale électrique. Et puis, je n'ai rien à faire de ton amour pourri... »
- J'étais petite, je ne voulais pas délibérément te faire souffrir. Ironie du sort, deux années plus tard, je suis tombée amoureuse de toi, et depuis ça n'a pas quitté. Ca fait huit ans que je pense à toi.
- Tu vas me dire que tu n'es sortie avec aucun garçon ?
- Si, des tas. Mais aucun ne m'a fait oublier ce baiser que tu m'avais donné pour mon seizième anniversaire, il y a trois ans, révéla-t-elle.
- C'est normal, je t'avais promit six années auparavant que pour tes seize ans je t'embrasserais. Les promesses d'enfant sont les plus importantes.
- C'est marrant que tu dises ça. Tu te rappelles des autres promesses que tu m'avais faites ?
- ...
- Non, bien sur que non, ça fait déjà plusieurs années...
- Si je m'en rappelle. Je me souviens même du jour et du temps qu'il faisait. Il neigeait, c'était en hiver. Tu étais venue t'excuser de m'avoir poussé contre le mur de l'école. Je t'avais pardonné et tu m'avais dit ; « Je ne suis pas très gentille comme fille. C'est sur que je finirais ma vie seule ».
- Et toi tu m'as répondu, prit la parole Alicia : « Non, tu es très belle, tu ne finiras pas seule. Je te promets que dans six ans je te ferais un bisou pour ton anniversaire. Et si à dix-huit ans tu es seule, je t'épouserais et on aura plein d'enfants ! »
- Quand on est petit, comme nous à dix ans, on pense que dix-huit ans c'est vieux. Avec le recul, dix-huit ans c'est tellement jeune.
- Tu tiendras ta promesse ? Tu m'épouseras ? demanda-t-elle en se levant de son siège.
- ...
- C'est qui la premier personne que t'as embrassé ? dit-elle en s'approchant d'un pas.
- Toi.
- C'est qui la première personne que tu as été amoureuse ? questionna-t-elle en se rapprochant encore.
- Toi.
- C'est qui la première personne que tu as eu envi de rendre heureuse ? interrogea-t-elle en s'asseyant sur le lit.
- Toi.
- C'est qui la première personne avec laquelle tu feras l'amour ? dit-elle à dix centimètres du visage d'Hygarion.
- ...
Elle se baissa lentement et allait toucher ses lèvres, quand il tourna la tête vers sa gauche.
- C'es toi, la première personne qui m'a fait souffrir, lui murmura-t-il à l'oreille.